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Innov&Connect, des petits et des grands

Innov&Connect, des petits et des grands

Après les étudiants, le grand public et les gamers, la journée d’hier s’est poursuivie avec une table ronde consacrée à l’innovation et la coopération entre startups, moyennes et grandes entreprises. Les premières, comme l’a précisé Yoann Jaffré, de l’Atelier BNP Paribas et animateur de cette rencontre, « cherchent des débouchés » alors que les secondes « cherchent à accélérer leur développement ».

Pendant toute la journée, Yoann Jaffré, en charge du programme Innov&Connect, a rencontré des dirigeants de startups grenobloises venus présenter leurs projets. Lancé il y a un an, ce programme de BNP Paribas met startups et entreprises de taille intermédiaire (ETI) en relation. Il aide celles-ci à identifier et qualifier des startups en mesure de répondre à leurs enjeux d'innovation. Certains des binômes startup/EPI constitués sont ensuite accompagnés par la banque.

Voici une petite vidéo d'une des rencontres de la journée avec un porteur de projet :

 

 

Pour la table ronde du soir, face à une grosse cinquantaine de porteurs de projet, chefs d’entreprises, responsables de l’innovation et R&D, Yoann Jaffré était entouré par Jean Guérin (Co-assist), Christophe Villemazet (CEA), Sylvain Paineau (Schneider Electric), Philippe Poutignat (VisioGlobe) et Philippe Koch (Bpifrance).

 

Les intervenants, dans l'ordre, de gauche à droite, aux côtés de Yoann Jaffré...

 

Voici des extraits de leurs échanges sur ces relations startups / grandes entreprises, pour ceux qui n’y étaient pas. Magnéto :

 

Sylvain Paineau (directeur innovation Schneider Electric) :

« On a découvert VisioGlobe quand la société était dans un incubateur grenoblois. On a commencé avec eux sur des petites phases d'innovation. On a d’abord essayé de se comprendre… Chez Schneider Electric, je suis un peu le traducteur de ces entreprises. J'ai été patron de startup, ça peut aider. Chez nous, on est de plus en plus dans le faire faire plutôt que dans le faire. Depuis, on a créé un poste spécifique au sein de notre direction innovation / achats, dont une des missions est justement de savoir parler à la startup.

Si on est vraiment dans un esprit d'accompagnement, parce que vous vous rendez compte que cette entreprise peut devenir à terme un fournisseur, ça nécessite de s'organiser. D’ailleurs, cet état d'esprit est valable dans les deux sens : plus vous perdez de temps à contractualiser avec la startup, plus celle-ci peut aussi contractualiser avec un concurrent. Ça marche dans les deux sens. Ça vous oblige en interne à aller vite et faire preuve de flexibilité, ce qui n’est pas évident pour une grande entreprise, face à ces sociétés pour lesquelles un mois c'est énorme.

Chez nous, on ne travaille pas sur un principe d'exclusivité, parce que c'est contreproductif. A nous d’être rapide, flexible et le premier sur le marché. Il faut donner à la start-up la capacité de décoller. Ensuite il peut y avoir des stratégies, pour conserver un temps d'avance. Mais généralement on est en co-développement et il va y avoir vraiment un esprit de collaboration nécessaire ».

 

 

Jean Guérin (cofondateur de la startup Co-assist) :

« Nous avons été la startup la plus jeune à entrer dans le programme BNP. On a été alléché parce qu’il y avait un partenariat avec une PME, à travers lequel on voyait du conseil : ce qu’elle va nous offrir, c'est la possibilité de tester notre produit dans les maisons de retraite.

Pour nous, c'était indispensable. S’il n’y avait pas eu ce programme, nous aurions de toute façon dû trouver un moyen pour faire ça.

Le programme Innov&Connect de BNP Paribas nous a permis de nous rapprocher dans un premier temps d'un partenaire, Le noble âge. Maintenant, on veut passer à une étape suivante. Avec le CEA, on veut faire de la R&D très pointue. Nous en sommes au début de cette collaboration. »

 

Christophe Villemazet (Ingénieur au Leti / CEA) :

Il y a différentes types de collaborations. Au CEA, nous travaillons avec de grands industriels et sur des projets d’innovation avec des startups. Nous sommes le troisième déposant de brevets en France, des brevets que nous proposons sous licence, aux industriels. Notre objectif est qu'ils grandissent, pour avoir un retour sur ces brevets.

Au CEA, il y a différentes divisions de recherche fondamentale. Je suis personnellement dans un laboratoire dont la survie dépend des partenariats avec les industriels. Il faut nous voir comme un partenaire technologique. Pour répondre aux besoins des sociétés ».

 

 

Sylvain Paineau (Schneider Electric) :

« Pour nous, l’objectif n’est pas d’absorber la technologie de la startup et de la cacher mais plutôt de packager son offre dans une offre plus globale. En fait, c’est la stratégie du porte-avion que nous pratiquons. Ainsi, c’est nous qui sommes en front office devant le client, ce qui évite d’avoir à répondre à des questions, par exemple sur votre solidité. C’est nous qui prenons et assumons ce risque. A la sortie, c'est une solution win-win ».

 

Christophe Villemazet (CEA) :

« Sur les stratégies de protection, on peut co-déposer les brevets. Mais l'intérêt pour la startup c'est que ce soit le CEA qui dépose, et qu’ensuite on lui donne l'exploitation. Parce que la startup aura du mal à se défendre, par exemple face à un gros chinois, alors que nous CEA pouvons nous défendre. »

 

Philippe Koch (délégué innovation Alpes Bpifrance)

« Nous avons lancé le hub sur Paris, dont le premier axe est d’accélérer les startups. Il faut trouver les moyens de les faire accélérer, trouver des fonds. Dans cet endroit, on incube des startups, et on accélère. Dans nos locaux, il y en a aujourd’hui onze, pour aller vers une deuxième levée de fonds, vers l'international. L’étape suivante, c’est de faire du networking, on commence déjà à avoir des relations avec des  entreprises, quelle que soit leur taille... On parle de big data, de thématiques sur lesquelles on va avoir voir un networking.

Après, le troisième étage de la fusée, c’est la partie coopération. Là, on intervient dans les relations avec les grandes entreprises. A travers des partenariats en R&D, des partenariats commerciaux, en identifiant les besoins des grandes entreprises d'abord pour faire le mix, et éliminer les peurs – « je vais me faire piquer ma propriété », ce genre de choses... L’objectif, alors, c’est de faire du co-développement mais avoir un réseau commercial, pouvoir utiliser le réseau de la grande entreprise. L’objectif est d’être win-win, et pouvoir diffuser plus rapidement, avec ou sans exclusivité ».

 

 

Philippe Poutignat (fondateur VisioGlobe)

« Si on a la chance d’avoir un partenariat avec une grosse entreprise prête à financer la V1, en apportant du cash, ça valide le produit et le marché. Le plus tôt est le mieux : plus on valide vite son produit, mieux c'est. Evidemment, il faut que l'équipe soit dimensionnée pour cela, et éventuellement recruter. A VisioGlobe, nous étions sur le marché de la navigation pour les aéroports et les centres commerciaux. Avec notre partenaire, on aussi perçu la pertinence de ce qu'on appelle le Building management system. C’était une opportunité pour nous. Evidemment, il faut peser le pour et le contre, le danger étant de trop se disperser pour une star up ».

 

Sylvain Paineau (Schneider Electric) :

« Le piège à éviter c'est effectivement la dispersion. A Schneider Electric, on essaie d'associer les équipes innovation, pour valider, et très rapidement les équipes business. Chez nous, Vision globe est aujourd'hui intégré dans l’activité business France.

 

 

Jean Guérin (Co-assist) :

« Nous, sur cette question, on s'est toujours dit que les brevets c'est obsolète. On en dépose un mais on ne saura jamais le défendre. En clair, c'est de la dépense qui fait plaisir à l’investisseur mais on n'est pas capable de le défendre.

Il y a une espèce de renversement : on ne fait plus des brevets pour protéger sa technologie et être unique, mais pour faire entrer de l'argent... Personnellement, je ne vais pas défendre mon brevet pendant dix ans. Si je suis encore dessus dans dix ans, je suis mort ! De toute façon, au mieux les grands groupes peuvent nous intégrer, au pire nous copier. Dans ce cas ils le feront mieux, mais plus lentement. Et de notre côté on sera déjà passé à la V2 ou à la V3. C’est l’histoire de cet entrepreneur dans l’automobile électrique aux Etats-Unis, qui a décidé de libérer et distribué tous ses brevets. Il dit « je n’ai pas peur qu'on me copie. Parce quand ils reprennent les brevets, ils ont déjà un train de retard ». Voilà, j'espère simplement qu'on ira aussi vite que lui !  »

 

Philippe Koch (Bpifrance) :

« Il y a quand même des business model basés sur la défense du brevet. La barrière que peut représenter un brevet dans la première étape de développement peut intéresser, y compris des grands groupes. Ensuite, il faut aller plus vite, je suis effectivement d'accord avec ça. Mais ça peut être intéressant d’avoir quelque chose qui protège sans spécialement dépenser beaucoup d’argent. Mais pour intéresser, sur son projet et son développement. Ensuite, il faut bien évidemment aller vite, et être le meilleur. C'est le principe d'une startup »

 

Yoann Jaffré (Atelier BNP Paribas) :

« Dans les relations avec les grandes entreprises, il existe effectivement des freins, ça peut ne pas fonctionner. Mais ça c'est la règle du jeu, en matière d'innovation »

Olivier Jourdan Roulot
 
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