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Navi Radjou, pape de l’innovation frugale

Navi Radjou, pape de l’innovation frugale

Après l’intervention le matin de Jeremy Rifkin, Navi Radjou était hier après-midi l’invité vedette du World dream forum. Commissaire scientifique de l’exposition Wave, le pape de l’innovation frugale a livré sa vision d’un monde en profonde mutation. Après avoir montré dans ses travaux la façon dont les pays du sud développent une forme d'ingéniosité en triant les solutions grâce aux ressources disponibles, il a expliqué comment ces changements de paradigmes impactent aujourd’hui les sociétés industrielles occidentales.

Dans son exposé, le consultant s’est appuyé sur les travaux de nombreux penseurs, à l’image de ceux d’un Thomas Piketty et de sa slow economy, ou d’un Carlos Ghosn, le Pdg de Renault, qui a parlé le premier d’ingénierie frugale (avec une profonde mutation engagée pour le constructeur, pour qui les véhicules d’entrée de gamme pèsent désormais 40% du chiffre d’affaires). Voici des extraits de son intervention :

« En Occident aussi, on commence à identifier un besoin économique, sociologique et culturel pour faire mieux avec moins, et vivre mieux avec moins. Avec le fait que la croissance mirobolante ne sera peut-être pas au rendez-vous des prochaines années, on voit ainsi monter ce besoin de consommer mieux et moins, les études le montrent. Désormais, une partie des consommateurs abordent la frugalité comme un choix sociologique et culturel, non plus subi. Parallèlement, une proportion de ces mêmes consommateurs veut acheter des marques responsables ou travailler pour des entreprises qui défendent ces valeurs. On voit que les consommateurs vont forger cette demande. C’est une tendance de fond ».

 

 

« Problème, le système économique actuel n'est pas conçu pour répondre à ces besoins et aspirations, il n'est pas du tout en phase avec ceux-ci : on produit des iPhones en Chine, on les envoie dans des conteneurs qui font des milliers de km... C'est un écart de valeurs, de pertinence et aussi de confiance à l'égard des marques et des entreprises.

Pour réduire cet écart, il faudrait peut être un modèle économique plus frugal, rapprochant la production de la consommation. L'économie frugale est façonnée non par les entreprises mais par les consommateurs. De consommateurs passifs on devient des acteurs capables de créer des services, et les partager  ».

 

 

« L’économie du partage va exploser dans les prochaines années. Si vous êtes la SNCF ou le groupe Accor, le covoiturage ou Airbnb représentent un grand danger, qui va grignoter une part importante de votre business.

Pour autant, pour les entreprises qui savent prendre le train en marche, cette révolution du partage peut aussi être potentiellement source de développement  ».

« On relève des exemples pionniers dans l’économie de partage inter-entreprises, c’est ce qu’on appelle le B2B sharing, par exemple autour du partage des déchets, en boucle fermée, qui permet aux entreprises de réduire radicalement leur coût d’approvisionnement en ressources. Michelin, aujourd’hui, est en train de tester cela. On va donc commencer par partager les déchets, parce qu'il n'y a rien de concurrentiel là-dedans. Ensuite on va partager les actifs, comme le fait le chocolatier Mars. Mais ça peut être les employés, ensuite ce sera le client qui sera partagé, par exemple la SNCF en partage avec d’autres entreprises de service. La Scandinavie et les Pays-Bas ont beaucoup d’avance sur ce terrain, à l’image de la plate-forme de partage B2B floow2, pour partager des appareils médicaux.

Enfin, le sommet de la pyramide sera le partage de la propriété intellectuelle. C’est le niveau ultime, pour co-créer une solution qui peut être partagée ».

 

Navi Radjou (micro à l'oreille, au centre), sur le plateau de World dream Forum hier après midi...

 

Navi Radjou a présenté des innovations qui démontrent combien le coût de l’innovation a chuté. A l’image du Raspberry Pi, ordinateur personnel low cost de la taille d'une carte de crédit, qui coûte 30 dollars et sera prochainement intégré dans le programme d’une mission spatiale. Ou encore du système Arduino (30 euros), actuellement développé en Italie. Le chercheur de la Judge business school de Cambridge est revenu sur les stratégies des grands groupes qui observent très attentivement les mutations en cours. En particulier sur l’exemple de la Fablab créée par Ford à Detroit, le Ford techshop, présentée dans l’exposition Wave :

 

« De plus en plus d’industriels comme Ford reconnaissent que fabriquer demain une voiture est quelque chose qui nécessite un artisanat qu'on a un peu perdu. Deux ans après avoir initié sa plate-forme à Détroit, le nombre de brevets déposés chez Ford a progressé de plus de 100%, et la qualité a énormément augmenté, elle aussi. Et ce sans dépenser d'avantage. Ca signifie que ce n'est pas l'argent qui fait l'innovation, mais que c’est simplement le fait de donner plus d'autonomie aux employés qui l’encourage.

 

Vue du Ford techshop de Detroit...

 

« Désormais, les makers révolutionnent le monde de la distribution. Leroy Merlin va par exemple dévoiler fin octobre son premier Techshop. Le monde de la distribution, c'était le dernier maillon de la chaîne. Avec les makers, il devient le premier : Leroy Merlin a beaucoup plus d'accès aux consommateurs, et ça change la donne.

Il va y avoir une dynamique très forte de co-création. Ce mouvement ne concerne pas seulement les amateurs. Il va très fortement affecter le monde industriel et le monde de la distribution. Ce n’est pas un hasard si Obama a nommé auprès de lui un conseiller pour comprendre le mouvement des makers, et financer et soutenir ces mouvements.

 

Echanges et réactions pendant la conférence...

 

Aujourd’hui, pour les entreprises, il s’agit de s’adapter à ces marchés qui seront beaucoup plus exigeants. Mais aussi de conserver un pouvoir d’attraction sur continuer à attirer dans leurs rangs les talents de demain. Navi Radjou a ainsi mis en avant l’action d’un groupe comme Novartis, dans le secteur du médicament :

« Novartis développe une nouvelle façon de fabriquer des médicaments en continu. Ils sont en train de compresser l’équivalent de trois usines dans une micro-usine, en réduisant les émissions de carbone de 90%. Et tous leurs concurrents, à l’image de Sanofi, regardent ça de très près.

Le Pdg d’Unilever, Paul Polman, s’est lui fixé pour objectif de doubler ses revenus et de réduire parallèlement son impact environnemental de 50% à échéance 2020. »

Olivier Jourdan Roulot
 
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