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Entretien avec la chroniqueuse – Yasmin Kidwai

Entretien avec la chroniqueuse – Yasmin Kidwai

Pourquoi pensez-vous que WAVE offre le cadre approprié à la projection de vos films documentaires « No Problem » et « Neo Alchemists » ?

« Neo Alchemists – The Great Indian Jugaad » aborde l’innovation sous un angle totalement différent. Le film s’intéresse à l’innovation dans le secteur social, et observe la manière dont certains individus, que nous appelons ici les Nouveaux Alchimistes, sont parvenus à renverser des situations défavorables et à changer la vie des communautés grâce à la pensée jugaad. C’est pourquoi cette exposition convient parfaitement à la projection du documentaire. En fait, je n’aurais pas pu rêver meilleur cadre que WAVE pour projeter mes films.  

« No Problem » traite de l’esprit et des capacités remarquables de l’être humain. Le film parle de l’innovation dans la pensée, les croyances, la technologie et les idées, et de la manière dont une idée, aussi impossible qu’elle puisse paraître, peut changer des vies si on y croit vraiment. Le film a été projeté à diverses occasions partout dans le monde, et il a remporté beaucoup de succès. Je suis heureuse qu’à WAVE il s’inscrive dans le contexte de l’innovation sociale.

 

Comment définiriez-vous le terme jugaad et d’où vous est venue l’idée de faire un film autour de cette thématique ?

J’ai toujours interprété le jugaad comme la capacité à faire preuve d’intelligence ou à trouver des solutions, contrairement à la définition plus populaire qui consiste à faire avec les moyens du bord. Je ne pense pas que le jugaad comporte une dimension temporaire. J’ai le sentiment que le jugaad signifie faire bouger les choses quoiqu’il arrive. Comme j’ai longtemps travaillé dans le secteur social, je voulais montrer comment le jugaad est mis en œuvre ici, et comment il permet de changer des vies. Je voulais voir ce qu’est le jugaad au-delà de la fabrication d’un réfrigérateur ou d’un vélo éphémère.

 

Votre film dit du jugaad, ou innovation frugale, qu’il est « très fédérateur ». Pourquoi ?

Parce que quand le jugaad fonctionne, il fonctionne pour tout le monde. Une fois qu’une solution a été trouvée, elle peut être appliquée par tous et pour tous. Un problème résolu l’est pour tout le monde. 

 

Depuis le Dr Devi Shetty jusqu’au commissaire de l’exposition WAVE, Navi Radjou, vous avez rencontré et interviewé un grand nombre d’acteurs de l’innovation frugale pendant la réalisation du film, et vous avez acquis une connaissance plus approfondie de la nature de leur travail. Pouvez-vous nous faire partager certaines histoires, anecdotes ou expériences qui vous sont restées ?

La volonté farouche de tous les innovateurs à aider les gens m’a beaucoup impressionnée. Ils étaient tous animés par le désir altruiste de venir en aide aux autres, au-delà d’eux-mêmes. De plus, si vous visionnez le film, vous verrez que chacun d’eux a adopté une approche ou une méthodologie différente pour aborder le problème en présence, et qu’ils avaient tous une foi inébranlable en leur principale ressource : les gens !

C’est fascinant de constater que les gens étaient leur principal atout, que ce soit en tant qu’investisseurs ou que partenaires, pour soutenir les communautés, les personnes non assurables, les analphabètes, les moins valides – ils travaillaient pour eux et avec eux.

Avec Navi Rajdou, j’ai fait une découverte très intéressante. Sa foi dans le jugaad et son interprétation ultra-positive du concept se sont révélées très proches de la compréhension que j’en avais. J’ai trouvé tout à fait fascinant qu’il ait porté le terme et le concept à un niveau mondial.

 

Quand avez-vous entendu parler du Barefoot College pour la première fois ? Quelles étaient vos attentes quand vous avez commencé à tourner le film, et l’expérience vécue a-t-elle été très différente de ces attentes ?

La première fois que j’ai entendu parler du Barefoot College, je travaillais sur des films pour le Ministère des Affaires rurales. J’ai trouvé que l’histoire valait la peine qu’on s’y arrête. Leur nom a attiré mon attention ; une université exclusivement réservée aux analphabètes est une chose étonnante !

Même quand j’ai lancé le projet avec le soutien du Ministère des Affaires étrangères du Gouvernement indien, il était clair que cela prendrait beaucoup de temps. J’avais déjà travaillé avec des femmes auparavant, et je sais que la réalisation de soi ne tient ni dans une pilule ni dans un flacon. C’est tout un processus, et j’étais prête à m’engager sur ce long chemin. Ce à quoi je n’étais pas préparée, c’était la barrière de la langue : mes sujets étaient des femmes originaires de 6 pays d’Afrique. C’était intimidant, frustrant, stimulant, et parfois hilarant. Au départ, personne ne comprenait un seul mot de ce que les autres disaient. Mais un changement s’est installé tout doucement, et nous sommes arrivées à communiquer sans parler.

 

Quelle est la principale leçon de vie que vous avez tirée du tournage de « No Problem » ? Cela vous a-t-il débarrassée de certaines inhibitions, ou d’idées préconçues ?

Oui ! Appréciez, appréciez et appréciez encore ce que vous avez ! Nous avons tellement de chance de disposer ne serait-ce que des services de première nécessité. Parfois, nous ne pouvons même pas imaginer que des femmes se rendent sur un autre continent en laissant leurs enfants et leur famille derrière elles pour vivre dans un pays lointain, tout ça pour avoir accès à l’électricité !

Ce film a changé ma vie ; il m’a appris tant de choses ! Mais par-dessus tout, il m’a appris à ne pas juger et à ne plus jamais avoir d’idées préconçues. Comment faire autrement quand vous avez vu non pas une, mais trente grands-mères analphabètes devenir ingénieurs solaires juste sous vos yeux !

 

Tout au long de votre illustre carrière, vous avez réalisé des films qui traitaient de sujets divers, des sports tels que le polo à l’autonomisation des femmes dans l’Inde rurale, et bien d’autres choses encore. Comment décririez-vous votre parcours de réalisatrice documentaliste, jusqu’ici ? 

Si c’est un parcours, il n’est pas encore terminé.

 

Quel est le plus beau compliment que vous ayez reçu de la part d’un spectateur pour vos deux films ?

J’espère que c’est à l’expo WAVE de Bombay que je recevrai mon plus beau compliment !

Shivani Saraf
 
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