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L'innovation en mouvement

L'innovation en mouvement

Pendant un mois au Parc de la Villette, WAVE a mis en lumière de nouveaux courants d'ingéniosité collective autour de vingt projets qui changent nos façons de consommer, produire, coopérer, penser... A travers eux, WAVE propose une nouvelle lecture du monde en mouvement, porté par la co-création et la participation de tous à l'innovation. Un monde qui se laisse provoquer par la liberté et la singularité de chacun dans des dispositifs collectifs d’innovation.

L'espace d'exposition a accueilli de nombreux événements sur ces thèmes et nous revenons ici en particulier sur la soirée organisée autour des créations artistiques de Johann Le Guillerm & Claudio Stellato. Deux figures de proue du cirque contemporain pour qui l’art est un acte de re-cherche contribuant à déstabiliser le monde, donc à l’interroger et à le faire évoluer.

Entre arts et sciences

Les regards de ces deux artistes au croisement de nombreuses disciplines et en dehors des sentiers battus nous invitent à repenser l'innovation, entre arts et sciences, dans des rapports inédits au changement, à la matière et aux objets. Laissons-nous porter :

Johann Le Guillerm : l'innovation à 360° 

Johan Le Guillerm

Equilibriste, jongleur, créateur et "dresseur" d'objets, Johann Le Guillerm est un artiste circassien complet et un chercheur : dans une dialectique avec l'objet, il interroge les points de vue, le mouvement et l'impermanence.

L'explosion des points de vue

 La vérité est multiple, indéfinissable.

On ne retient souvent du cirque que le numéro, la piste ou la prouesse. Johann Le Guillerm nous le révèle bien au-delà : comme un  "espace explosif de points de vue". Des points de vue différents qui convergent dans l'espace circulaire du cirque, et qui se tordent et transforment dans l'exploitation de "pratiques minoritaires". 

Ces pratiques minoritaires détournent des objets "majoritaires" (des objets familiers aux fonctions précises comme des bouteilles ou des planches de bois) par des relations non habituelles, anormales, avec ces objets. Ils revêtent alors des sens nouveaux, reprennent vie, d'autres vies, jamais figées, arborant sans cesse de nouvelles identités.

L'artiste s'est nourri notamment d'un tour du monde, qui l'a amené à partager ses pratiques avec d'autres cultures et des publics en situation de handicap, aux approches et ressentis très différents de l'équilibre et déséquilibre. 

"Il n'y a pas d'angle de vue unique, de sens favorable. La vérité est multiple, indéfinissable".

La recherche de Johann Le Guillerm propose une réécriture du monde, où une même chose peut être approchée par une grande diversité de points de vue.  

Il s'agit de "regarder les choses entièrement", par une approche systémique, mais aussi de chercher des chemins différents, de garder son propre regard libre, vivant. La liberté de Johann est de tourner autour des choses, (re)tourner les choses ou rentrer dans les choses (une nouvelle sorte de hacking du monde des objets !). Trois nouveaux chemins possibles pour appréhender le monde qui nous entoure...    

Tourner autour des choses, tourner les choses ou rentrer dans les choses

Une recherche sur le mouvement et en mouvement, laboratoire vivant ! 

La compagnie de Johann Le Guillerm, Cirque Ici, dispose d'un véritable laboratoire de recherche au Jardin d'Agronomie Tropicale, soutenu par la Mairie de Paris. C'est un univers singulier de machines, de sculptures, de matières, de pièces qui se montent et démontent. La compagnie parle de "chantiers" pour évoquer une recherche en perpétuelle régénération. Ici, il ne s'agit pas de dominer la matière mais d'entrer en relation avec, par le jeu ou la confrontation. De cette expérimentation naît la surprise, et de nouveaux champs de recherche. 

Entrer en relation avec la matière

Johann étudie et matérialise les turbulences, les métamorphoses, les équilibres et déséquilibres. Rien n'est fixé, la pensée comme les objets, à l'image des "architextures", ces constructions architecturales autoportées (voir ci-dessous L'Indrique, "simple" tressage de planches de bois, exposé à côté du wavespace). 

Rien n'est fixé, la pensée comme les objets

Ces techniques de construction sommaires font apparaître des harmonies proches de la nature où chaque élément est indispensable à l'ensemble. Derrière cette simplicité se cachent des forces contradictoires et complémentaires qui s’équilibrent (ici par la pression exercée par les bois les uns contre/avec les autres). 

Le "POINT" de départ de la complexité

Le coeur de la recherche de Johann Le Guillerm est l'étude du point : "le point comme centre qui fait converger tous les regards, point d'attraction du cirque, mais aussi point comme plus simple élément identifiable pour cerner le plus complexe" (Johann Le Guillerm à 360° - Catherine Blondeau et Anne Quentin, Actes Sud, 2009).

L'artiste chercheur mène une quête obstinée pour appréhender le monde à 360°. L'accès à de nouvelles connaissances dans ce sens se joue selon lui dans la déstabilisation, la perte de repères dans l'espace et le temps, le "chaos mental" (Johann Le Guillerm parle d'ailleurs de "cirque mental").  Il se joue aussi dans la puissance retrouvée de nos intuitions et notre sensibilité à la matière, qui "donne au corps des connaissances qui ne sont pas perdues".... La "science de l'idiot" comme il la nomme mais on comprend bien toute l'ingéniosité de la démarche ! 

Sa recherche entre en résonance avec de nombreuses disciplines : philosophie (pensée complexe, pensée critique, concept d’émancipation...), esthétique, politique, sciences, écologie, architecture... Sa compagnie Cirque Ici lance d'ailleurs les Conversations au Jardin, rencontres entre des personnalités du monde de la philosophie, des arts, de l’astrophysique, de la géographie ou encore du paysage, qui embarquent une partie de la nuit au Jardin d'Agronomie Tropicale (lieu de résidence et recherche de la compagnie) pour partager leurs expériences et leurs réflexions. Une invitation à déplacer les frontières entre arts, sciences humaines et physiques...

Appréhender le monde à 360°

Claudio Stellato : la pensée organique

Jazz, théâtre de rue, cirque nouveau, magie, danse, comédie, arts plastiques... composent l'univers de cet artiste pluridisciplinaire né en Italie (Claudio Stellato vit et travaille aujourd'hui à Bruxelles). Claudio revendique l'absence de thématique ou concept à l'origine de ses recherches : "mon seul point de départ est le corps". 

Une nouvelle continuité avec la matière

Corps humain et matière s'hybrident ici : Claudio Stellato mêle l'art du corps en mouvement à la plasticité des matières naturelles, par une chorégraphie commune des corps et des objets.

Comme pour Johann Le Guillerm, la relation à la matière est essentielle pour l'artiste italien : éprouver la matière, habiter les objets, composer avec l'élément naturel révèlent de nouveaux possibles, tant pour la réinvention des fonctions de ces éléments que pour la recherche de l'artiste elle-même. Celle-ci se nourrit de la pratique avec les objets (connaissance produite par le faire, rejoignant l'esprit des Makers), mais aussi de la relation à l'environnement pour retrouver ce processus créatif inhérent à l'Homme, fondé sur un instinct et une acuité aiguisés, une juste présence aux choses et aux autres. La pratique circassienne de Claudio Stellato qui confronte corps et matière naturelle est "une façon de réveiller, de donner vie à ces flux, ces mouvements, ces pulsions instinctives, ces désirs cachés, qui normalement ne se manifestent pas".    

Le faire pensant

Claudio Stellato s'intéresse tout particulièrement à "la pure action", soit à "l'action en train de se faire", pour mettre en avant une réflexion "qui se construit en faisant", dans le mouvement, et qui débute par une intention et non par l'idée que l'on se fait du résultat.

A travers cette recherche, l'artiste questionne la notion de limites et de peurs : "Les limites sont seulement dans nos esprits ! L'action permet de tuer le démon. Les peurs deviennent ainsi des endroits de découvertes ; on les libère par l'expérimentation".

Les peurs sont des endroits de découverte

Repousser les limites de l'Homme

Claudio invite également à élargir le champ des possibles par un jeu ingénieux sur les perceptions : la magie nouvelle, L'artiste conçoit cette nouvelle approche de la magie comme une approche légère, "artisanale", fondée sur l’imagination et non sur l’achat de matériel coûteux. Travaillant autour du "détournement du réel dans le réel", il ouvre sur des expériences nouvelles du monde : des expériences portées par la puissance transformatrice du rêve

Autant de démarches cruciales pour appréhender d'une toute autre manière le monde qui nous entoure, nous mettre en déséqulibre et trouver de nouvelles agilités et libertés dans la contrainte. Nous pourrions ainsi renouveler nos approches de l'innovation, de façon plus disruptive, "out of the box"...   

Un grand merci à Johann Le Guillerm, Isabelle Walter (la lumineuse "Zaza"), Claudio Stellato et Anne-Lise Lisicki (la puissante "Catalyse") .

Crédit photos : 

Photos Johann : Secret©Philippe Cibille / L'Ondulant©Philippe Cibille / L'Indrique©Philippe Cibille 

Photos Claudio : ©Julian Blight / ©Cyril Victor

Olivia Verger-Lisicki
 
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