Toulouse 

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"il faut que les clichés disparaissent, y compris dans la tête des femmes"

La femme est-elle un homme comme un autre ? Pas dans l’entreprise et encore moins dans la culture si l’on s’en réfère aux dernières statistiques. Et elles sont sans appel. Moins de 30% des femmes dans des postes de management d’entreprise et 25% à la tête de structures culturelles. «  Dans la culture ont fait moins bien que dans l’entreprise, et même que dans l’armée et la police » a rappelé Anne Quentin, auteure et journaliste, animatrice d'une table ronde pour #WaveToulouse consacrée à l’innovation au féminin. 4 femmes issues de l’entreprise et du cirque pour raconter comment elles avaient pu briser leur plafond de verre. Ou pas. Et un homme. En Monsieur Loyal.

 

Carole Garat, 36 ans, Présidente et fondatrice de Telegrafik, start-up toulousaine dans les services connectés.

« Je suis diplômée de l’Ecole des Mines de Paris. Il y avait 30% de femmes, aujourd’hui ça se dégrade. Dans ma prépa en maths spé, nous étions 5 filles pour 50 garçons. J’ai sans doute eu la chance d’avoir des parents qui m’ont toujours poussée, toujours dit que tout était possible. Ensuite j’ai travaillé 10 ans chez Renault, pour la complexité de leurs projets industriels. J’ai choisi des postes où il était très rare de voir des femmes. En atelier par exemple. J’ai eu 120 hommes à diriger, dont certains refusaient de me serrer la main car j’étais une femme. Mais c’était aussi le cas dans des fonctions comme le marketing ou les ventes. J’ai participé à des réunions de 30 personnes où j’étais la seule femme. Les évolutions de carrière sont très difficiles pour une femme. A la tête, ça va, car il existe désormais des quotas dans les conseils d’administration, de surveillance, c’est dans les échelons intermédiaires que c’est dramatique. J’ai toujours pensé qu’être une femme dans l’entreprise était un atout. Même si c’est difficile, par rapport à sa vie privée. Etre dirigeante dans un groupe comme Renault ça veut dire pouvoir répondre au téléphone à 22 heures, le dimanche, et pouvoir partir s’installer en Roumanie en un mois. Et puis j’ai crée mon entreprise, Telegrafik, dans les services connectés dans l’aide à domicile, dans les technos. Un univers là-aussi très masculin. Mon entreprise c’est aujourd’hui la liberté de m’organiser comme je veux, je fais du télétravail, je vais chercher mes enfants à l’école. Je suis en période de levée de fonds et un fonds m’a demandé si le fait d’avoir deux enfants très jeunes cela ne posait pas un problème. Je leur ai répondu que si ce n’était pas un problème pour moi ça ne devait pas en être un pour eux…. »

 

Christine Panteix, directrice de l’incubateur « Bordeaux Aquitaine Pionnières » :

«  Je suis fille d’entrepreneur, mon père était dans le BTP et je crois qu’il aurait rêvé que je prenne la suite. Chez moi on disait quand on veut on peut. Les droits des femmes ça ne m’a pas intéressée jusqu’à mes 30 ans, quand je suis partie travailler au Québec. J’y ai découvert le féminisme à l’américaine. Avant j’avais l’impression que tout était acquis. Je suis restée 5 ans et en revenant en France j’ai trouvé que les femmes s’affirmaient peu. J’accompagnais des jeunes entrepreneurs des quartiers. Des promos très mixtes, 50% de filles, 50% de garçons au démarrage. Mais ceux qui créent à la fin leur entreprise étaient toujours les garçons. Les filles pour différentes raisons ne passaient pas à l’action alors qu’elles avaient souvent des projets plus solides. J’ai trouvé ça très frustrant. Et donc quand Bordeaux Aquitaine Pionnières s’est crée, j’ai candidaté et j’ai été prise. Ce n’est pas un incubateur exclusivement réservé aux femmes. On s’adresse aux projets montés par des femmes, ou par une équipe mixte à condition qu’une femme dirige. Notre but c’est plus de mixité dans l’entreprise. On a un accompagnement technique, sur la gestion, le marché… mais surtout on travaille sur les freins. Le manque de confiance, la peur du risque de s’endetter où de mettre en danger sa famille…. C’est plus présent chez les femmes. On va les aider à lever ces freins, par un travail individuel mais surtout collectif. On monte des formations où elles peuvent échanger. Et l’échange montre  qu’on n’est pas une mauvaise mère si on ne va pas chercher ses enfants tous les jours à l’école…. »

 

Yaëlle Antoine, artiste de cirque, fil-de-feriste

 

« Je suis née dans une famille avec des schémas très carrés. On me ramenait souvent à mon genre. Par exemple je ‘avais pas le droit de jouer aux échecs. Le cirque a été un vrai choix transgressif. Et j’ai décidé de faire ce que je voulais. J’ai commencé sur la contorsion aérienne puis j’ai décidé de faire du fil. Les formateurs sont tous masculins. Dans le cirque on est souvent renvoyé à son physique. Aujourd’hui je suis formatrice et je leur dis de ne laisser personne faire leur choix à leur place. Le monde du cirque c’est beaucoup plus dur pour les femmes que celui de l’entreprise. Dans le cirque on est isolée, on est dans la survie. On n’a pas de réseau féminin. Il faudrait créer un groupe de parole, avoir une parole collective. Et il faut que nous nous prenions en main, il faut oser. C’est pour ça que je me suis portée candidate à la direction d’un pôle cirque, et j’ai proposé un pôle dédié au cirque au féminin. Eh bien, je suis aujourd’hui short listée. Et on m’a dit que mon dossier avait clivé. Faites des actes radicaux, il faut y aller ! «   

 

Marion Collé, artiste de cirque, fil-de-feriste

 

«  Comme pour Yaëlle, le cirque a été pour moi une transgression familiale. Je suis d’une famille de profs, tout le monde était prof. Au départ j’ai fait des lettres, je voulais écrire et je voulais faire des spectacles. Et puis je me suis lancée à 23 ans sur le fil. J’ai été formée au Cnac, le Centre National des Arts du Cirque. Je voulais faire de l’acrobatie mais on me disait « c’est pour les garçons ». Les maîtres de fil m’appelaient « mon petit garçon ». J’ai entendu aussi des propos assez trash. Je vois plus d’hommes qui montent des projets, qui les dirigent. Pourtant dans les écoles artistiques, il y a plus de femmes que d’hommes « 

 

Jean-Eric Florin, directeur de Midi-Pyrénées Actives.

 

« Nous sommes un financeur solidaire régional, c’est à dire qu’on aide des publics pour qui c’est plus compliqué de créer leurs projets, leurs entreprises, comme les femmes par exemple. On a crée un dispositif spécifique pour les aider car nous pensons qu’elles en ont besoin. Il n’y a que 32% de femmes qui créent leur entreprise. C’est un échec, qu’on le veuille où non. Et c’est encore pire dans les entreprises de plus de 5 salariés. On a réalisé une étude sur les 1500 entreprises que nous soutenons. Et les résultats nous montrent qu’il y a souvent un décalage entre la réalité et la représentation qu’on se fait des femmes et de la création d’entreprise. Les femmes ne sont pas dépourvues de leurs propres représentation sur elles-mêmes. Par exemple on dit que les femmes apportent moins d’argent que les hommes pour monter leurs entreprises. C’est faux, notre étude montre que c’est l’inverse, elles apportent plus. En revanche elles lèvent moins de fonds. Et toutes les femmes que nous avons interrogées nous ont expliqué qu’en fait leur vie familiale n'avait pas été un problème, qu’elles avaient su s’organiser. Il faut que ces clichés disparaissent, y compris dans la tête des femmes. C’est compliqué de faire des quotas dans le domaine de la création d’entreprise, mais je suis pour l’exemplarité, la discrimination positive »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Boucaud
 
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